Elisabeth Godon

dit "NON" à l'échec scolaire.


Psychologue clinicienne, professeur des écoles, psychologue scolaire et écrivain, Elisabeth Godon n'a qu'un but : que l'enfant devienne libre par le savoir.


On y va!

Mayday, mayday! Qui peut m’aider? Qui peut m’aider à aider Adrien à parler?

Qui connaît, dans la région d’Auxerre, un(e) orthophoniste maniant la langue des signes susceptible d’aider Adrien, 15 ans, présentant un trouble sévère du langage oral et écrit non spécifique, associé à une déficience intellectuelle moyenne, à progresser en langage oral, ou, à tout le moins, à ne pas régresser?


Adrien est arrivé de Guyane (sa maman est amérindienne) à 6 ans, et vit non loin d’ Auxerre, où il a été scolarisé, jusqu’en juin 2019, dans un IESHA. Il a pu y bénéficier de 4 séances d’orthophonie, de 4 séances de psychomotricité et d’un suivi psychologique par semaine durant cinq années. Il a par ailleurs reçu une prise en charge en orthoptie.


À sa sortie de l’IESHA, l’appréciation générale mentionne ses progrès réguliers et incessants dans tous les domaines, pointant même un bon investissement des ateliers mathématiques et de découverte du monde. Adrien communique parfaitement en LSF et au MAKATON. Il dit quelques mots, même si l’articulation reste difficile. Il n’a pas de problème au niveau de la motricité fine, et a appris à nager. Il est décrit à l’école comme un enfant calme, rassembleur, très sociable. L’école note son bel engagement lors de spectacles, même présentés devant un large public ( au Grand Théâtre Municipal, en 2019).

Sur le plan du langage écrit, les syllabes ne sont pas intégrées, mais l’alphabet est connu, et il commence à écrire quelques mots en bâton. La compréhension est bonne.


En septembre 2019, Adrien intègre un IME. Après un premier trimestre d’adaptation, difficile pour lui, survient le premier confinement.

Durant lequel sa grand-mère le fait travailler chaque jour. Ce qui permet aux étonnants progrès déjà accomplis grâce à l’action combinée de l’IESHA, des diverses rééducations et de la famille, de se poursuivre.

Et maintenant, Adrien veut lire et écrire. Il le veut absolument. Il cherche dans les programmes TV les « signes », les « mots », qu’il peut retrouver ailleurs par la suite. Il parvient à identifier le film ou le documentaire qu’il souhaite regarder. À cet égard, intéressé par les sciences naturelles, grâce à une complicité totale en ce domaine avec un grand-père expert en la matière, il connait, peut « signer », et retrouver dans un album le nom de quantités d’animaux de toutes sortes. Par ailleurs, il possède une tablette, il s’en sert.

En dépit de sa déficience, Adrien présente des « points forts » tels qu’une acuité auditive exacerbée, une excellente mémoire photographique, une bienveillante confiance envers autrui et surtout, surtout, une belle, une magnifique estime de soi qui semble le rendre inexpugnable : il a été accepté, aimé, aidé, entouré, par tous les membres de son entourage, famille et amis de la famille, tel qu’il était depuis sa naissance. Sans que jamais aucun jugement n’ait été porté sur son handicap. Il a été élevé comme tous les autres enfants devraient l’être : dans le respect de l’autre, des règles, et de la parole donnée.

Aujourd’hui, désormais scolarisé pour la deuxième année, mais toujours en pointillés, COVID oblige, dans un IME, il n’a plus accès, notamment, à son suivi orthophonique. Car l’unique orthophoniste encore en activité, connue et contactée par la famille, ne semble pas désireuse d’épauler le jeune homme dans la poursuite du chemin réalisé avec l’enfant.

Qui, de ce fait, régresse. Il articule de moins en moins bien, et s’en rend d’autant moins compte que tout le monde, à la maison, le comprend.

Cependant chaque jour, il vient près de sa grand-mère avec « son » cahier. Il veut écrire. Selon un rituel très rodé, c’est lui qui propose le thème. Il raconte tout en langue des signes à sa grand-mère qui traduit en oralisant, et il écrit. Ce qui permet de voir ses acquis (dont il domine l'écriture), ses progrès, et ses blocages (ce qui n'est pas acquis). Il veut lire, écrire, et parler.


Alors, qui connaît, dans la région d’Auxerre, un(e) orthophoniste maniant la langue des signes susceptible d’aider Adrien à progresser en langage oral, ou, à tout le moins, à ne pas régresser?

Qui sait si, et de quelle manière, les extraordinaires progrès réalisés en neurosciences pourraient permettre à Adrien d’écrire, et peut-être de lire?


Disons que je suis une sorte de marraine civile pour Adrien. En fait, il compte sur moi, je crois. Pour la photo réalisée en vue de cet appel, il a spontanément pris tout le temps nécessaire au choix DU livre avec lequel il souhaitait être immortalisé dans sa demande.


Merci d’avance à tous.


Mon plus beau cadeau de Noël!


« Ce livre* devait être écrit et je pense qu'il s'imposait à toi comme une évidence… Il donne sens à ta mission… Moi qui était un docteur du corps, grâce à toi, j'ai mesuré l'importance de prendre en compte dans mes consultations "l'enfant à l’école". Ton livre devrait être imposé au programme de formation de tous les futurs professeurs des écoles, médecins scolaires, psychologues scolaires, ainsi que tous les intervenants de la petite enfance. Je partage comme toi la conviction que c’est le dépistage précoce qui est la clé de la réussite pour remettre l’enfant en difficulté sur le chemin des apprentissages… »

*Que sont mes élèves devenus?


L’auteur de ces mots est pédiatre. Son messages clair : il faut lire « Que sont mes élèves devenus? », et surtout s'en servir.

C’est le cadeau de Noël parfait pour des enseignants (qui auront sans doute le temps de lire pendant leurs vacances), déstabilisés par les difficultés de certains de leurs élèves dont ils ne peuvent qu’accompagner la souffrance, sans pouvoir les aider. Et pour des parents, démunis devant les problèmes de leur enfant. La plupart du temps, aucun signe avant coureur ne les avait préparés à ce qui peut devenir, au fil des semaines, puis des mois, l’enfer : aucun problème jusqu’à l’entrée au CP, pas de souci particulier à la crèche, un développement « normal » à l’école maternelle… Que s’est-il passé? Quand? Où est le problème? Aurait-on pu l’éviter? Comment?

On peut empêcher une simple difficulté de se transformer en amorce d’une spirale infernale, et éviter que l’angoisse, elle aussi, ne s’installe. Ce livre en est la preuve...vivante.

C'est un vrai cadeau. Justement, c’est Noël! offrez-vous, offrez- lui, offrez- leur « Que sont mes élèves devenus?.

Vous verrez : cet ouvrage explique, donne des pistes, et rassure : Gérald, ou l’estime de soi ; Arthur, bébé malgré lui ; Olivier ou le mutisme ; Corentin ou le déni ; Alexandra ou l’ennui ; Carine, petite fille transparente ; Janie, la grande petite ; Nicolas, ou comment se débarrasser de sa maîtresse…

… Une cinquantaine d’histoires sont contées. Ce qui a été tenté pour aider ces élèves en souffrance a été systématiquement analysé à l’aulne de leur évolution, soigneusement et régulièrement suivie et relevée durant des mois : pour comprendre comment empêcher les difficultés de s’installer durablement, il fallait identifier le moment où telle stratégie d’accompagnement se montre efficace. Des témoignages d’élèves, maintenant plus âgés, illustrent mes conclusions. 


Parmi la cinquantaine d’histoires contées, j’ai choisi de vous faire découvrir celle de Blaise.


Blaise, sauvé par le savoir

Blaise, bientôt vingt-deux ans, a tenu à témoigner pour mon livre, pour un livre qui empêcherait peut-être, dit-il, des enfants de vivre l’enfer que fut sa scolarité, ponctuée de rejets, de ruptures et de traumatismes, jalonnée, depuis la crèche, de problèmes médicaux de tous ordres. Juste, il faudrait que les adultes qui les ont en charge, à l’école comme à la maison, le lisent.

En grande section, lorsqu’il n’est pas malade, il dessine. Sa maman a précieusement conservé dans une pochette les dessins réalisés, de la grande section au CM1.

Ces derniers sont l’expression, déjà en grande section, d’une intelligence remarquable, et d’une grande maturité, tant dans la forme que dans la précision, la créativité, les connaissances historiques, le sens de l’observation. Certains, représentant avec une foule de détails précis des objets ou des personnages observés en amont, font état d’une excellente mémoire à long terme lorsqu’il s’agit d’une activité créatrice.

C’est cette étonnante créativité, et l’étroite relation de confiance, fusionnelle, entretenue avec une mère aimante, qui ont permis à Blaise de ne pas se détruire davantage, et de tenter avec elle, à chaque fois, de « soigner » l’endroit de son corps ou de son esprit par lequel son mal être s’exprimait.


Sa scolarité demeure chaotique, ses résultats médiocres en dépit de constants efforts, d’un travail besogneux, d’aides pédagogiques ou spécialisées (orthophonie, psychothérapie…). Le regard et les réflexions dévalorisants de certains enseignants ou membres de sa famille l’ont peu à peu persuadé, en dépit de la confiance de sa mère en sa grande intelligence, et de son soutien permanent, qu’il était « débile », selon son propre terme. Il n’a jamais d’amis. Il est toujours isolé.

Mais à dix-sept ans, des débuts extrêmement positifs dans le domaine professionnel qu’il a choisi, l’horlogerie, le plaisir et l’aisance avec lesquels il remonte des mécanismes horlogers d’une grande complexité, l’amènent à penser que ce qu’il avait toujours senti chez lui était peut-être réel : il était tout à fait intelligent, mais pas comme les autres. Ce qui expliquerait sa difficulté récurrente à ne jamais se sentir à sa place, où que ce soit, à ne pas être aimé, toujours rejeté.

Il décide d’en avoir le coeur net, et entreprend un examen psychométrique, dont l’annonce des résultats signe une véritable renaissance pour lui.

Aujourd’hui, il est reconnu à sa juste valeur, a signé un contrat là où il a choisi de travailler, dans ce domaine de l’horlogerie où il excelle.


J’avais aussi envie de vous faire découvrir Nicolas. Nicolas, ou comment se débarrasser de sa maîtresse?

Nicolas, ou comment se débarrasser de sa maîtresse? est l‘histoire, insolite, de ce petit garçon qui dit vouloir " tuer" sa maîtresse, et ne sait pas comment faire.

"Ses parents exposent la situation à la psychologue scolaire : « Dès qu’il est sorti de l’école, dès qu’il rentre dans la voiture, il commence à élaborer tout un tas de stratégies pour s’en débarrasser. Il est de plus en plus déprimé à la maison, parce qu’il ne trouve pas de solution à son problème ; mais à l‘école, il ne montre rien de ce qu’il ressent, il reste un élève modèle. Nous avons pensé que peut-être vous pourriez parler avec notre fils et avec la maîtresse? Il reste encore plusieurs mois avant la fin de l’année scolaire.

Nous avons pensé que peut-être vous pourriez parler avec notre fils et avec la maîtresse? Il reste encore plusieurs mois avant la fin de l’année scolaire…»


Les parents de Nicolas sont venus tous les deux avec leur fils pour m’expliquer la situation. Ils ne portent aucun jugement sur la maîtresse, ni sur le souhait de leur fils. Juste, ils veulent l’aider à se trouver à l’aise et le moins malheureux possible durant toutes ces heures passées loin de chez lui, où il se sent si bien.


Resté seul avec moi, ce petit garçon de cinq ans et demi témoigne d’une totale confiance dans la psychologue scolaire que je suis : il me connaît depuis le début de l’année. Je viens régulièrement, parfois plusieurs fois dans une semaine, selon les demandes et les besoins, dans cette petite école de huit classes dont trois de maternelle. Très prolixe et direct, il confirme : « Je n’aime pas ma maîtresse, et c’est trop dur de m’en débarrasser. Je veux la tuer ».

« Mais pourquoi? Elle est gentille avec toi? »

« Oui, justement, mais c’est pas juste. Elle est gentille avec moi parce que je comprends tout. Elle est méchante avec ceux qui ne comprennent pas. Et en plus, elle me demande de l’aider. De me mettre près des autres et de lui dire quand ça ne va pas pour eux ».


Confiance et échange font plus que force ni que rage. Grâce à des entretiens psychologiques réguliers, soutenu par des parents qui n'ont porté aucun jugement ni sur l'enseignante ni sur la réaction excessive de leur fils, Nicolas a pu prendre du recul. Il a pu faire part à sa maîtresse de son ressenti. À son corps défendant, cette enseignante chevronnée, en fin de carrière, a accepté de négocier avec son petit élève un autre mode de fonctionnement.

Ils ont tous deux terminé l'année scolaire dans une sorte de respect méfiant, mais non culpabilisant pour Nicolas, ce qui était l'objectif.

Pour la petite histoire, cet enfant présentait une très grande précocité, et la suite de sa scolarité, quoique brillante, n'a jamais été simple. Mais il avait compris que la solution était dans l'échange avec l'autre, pas dans sa disparition.

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Autre cadeau utile et qui se lit comme un roman : Mots pour maux à l'école primaire : enseigner, c'est possible!

Votre nièce est Professeur des écoles et a besoin d’aide? Elle ne parvient plus à gérer sa classe et se sent impuissante, malgré son professionnalisme avéré, reconnu : les instants de violence, et les échanges visant à installer le calme, ont remplacé le temps de l’enseignement.

Offrez-lui Mots pour maux à l’école primaire : Enseigner, c’est possible! (Alopex Éd.). C’est à elle que s’adresse cet ouvrage, dans lequel sont racontées et analysées une centaine de situations de violence rencontrées dans des classes où il était difficile pour l’enseignant d’enseigner, et pour les élèves d’apprendre.

Elle y découvrira, au fil des pages, la mise en oeuvre, progressive et détaillée, d’une méthode d’analyse efficace, tenant compte à la fois des dérives institutionnelles et des complexités socioculturelles. Ce livre est une mine de réflexions, de solutions, de stratégies expérimentées sur le terrain. Pour que chacun travaille.


J'ai six ans et demi


J’ai six ans et demi et je suis en CP. Je suis très contente, et même fière, de porter un masque, comme mes parents et mon grand frère. Maintenant, nous aussi, on peut aider les autres à ne pas tomber malades. Avant, j’avais l’impression qu’on nous traitait comme des enfants, comme si on n’avait pas compris de quoi il s’agissait. Franchement, si je n’avais pas compris, j’aurais été sourde ou complètement idiote, vu qu’on entendait parler que de ce virus partout à longueur de journée. À la fin du premier confinement, quand enfin on avait pu revenir à l’école, j’avais sauté de joie : pendant le confinement, je ne pouvais rien faire. Et à force de ne rien faire, je n'avais plus rien à dire. J'étais très triste. Il était grand temps que ça s’arrête!

J’avais enfin revu ma maîtresse, mes amis, ma classe. Même avec des aménagements, c’était mieux que rester enfermée à la maison, avec mes parents et mon frère devant leur écran ou en train de téléphoner à leurs amis. La maîtresse nous avait expliqué comment et pourquoi on allait fonctionner avec de nouveaux aménagements, mais j’avais déjà tout vu plusieurs fois à la télé. Avec mes parents, j’avais révisé, et du coup, j’étais bien préparée. 

En fait, c’était comme un nouveau jeu, dont tous les enfants avaient très rapidement compris les règles. Avec la maîtresse, on voulait tous avoir tout bon. Gagner, quoi. Elle avec nous. Moi, je voulais juste de nouveau faire quelque chose, apprendre. Être à l’école.

La fin de l‘année était arrivée, les vacances aussi, et enfin, j'étais au CP. J'étais une grande. Depuis quelques jours, on porte un masque. Je me sens encore plus grande. Surtout, je me sens exactement comme les autres : c’est amusant, c’est comme si on était tous pareil. En plus, ce qui est bien avec le masque, c’est que la maîtresse me félicite de parler fort. Elle entend bien ce que je dis. Alors qu’avant, elle me demandait tout le temps de baisser la voix, de ne parler que quand elle m’interrogeait. Du coup, j’ai moins peur de me tromper en lisant, elle m’interroge plus souvent, et je sens que je fais des progrès. C’est un peu comme si, en nous donnant les mêmes responsabilités qu’eux, les adultes nous avaient fait grandir à l’école aussi.

 

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Je vous offre le tout début d'Un clair matin d'avril... et vous laisse le soin d'acheter le livre (Librinova. 10,99€) si vous avez envie (ce que je vous souhaite) de connaître la suite.


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Par un clair matin d’avril, Elle décida de modifier l’ordre de réalisation de son maquillage : dorénavant, elle commencerait par les yeux. Le mascara.

Ce qui l’amena à se poser cette question fondamentale : pourquoi avait-elle toujours, chaque jour depuis le premier jour du maquillage, et même plusieurs fois par jour s’il lui arrivait de sortir le soir, commencé par le visage, la peau, les crèmes, la poudre ?


Tout en se préparant, Elle rêvait. Elle lui parlait, ainsi qu’elle le faisait depuis vingt-neuf mois, trois jours et un peu plus de douze heures. Tout soudainement, elle posa le crayon noir sur le marbre et se propulsa hors de la salle de bain. Dans un même mouvement, comme si le geste prolongeait ainsi instantanément la pensée, elle courut se saisir d’un stylo et griffonna quelques lignes sur l’un des nombreux blocs de papier disséminés un peu partout dans l’appartement.

Elle cédait régulièrement, avec fièvre, à ces pulsions d’écriture. En réalité, elle avait en permanence, même lorsqu’elle se trouvait en compagnie d’autres personnes, même lorsqu’on lui parlait, ou devant un film, même en travaillant, l’impression de voir, à l’intérieur de sa tête, une main tenant un crayon s’agiter sur une feuille de papier imaginaire. Cette main écrivait ce qui lui était dicté. De temps à autre, si l’agencement des mots lui semblait suffisamment éloquent et construit pour lui rendre, par la suite, l’intégralité de sa pensée, toute affaire cessante, elle notait réellement le fruit de ses élucubrations.

Elle inscrivit donc : 

« Depuis vingt-neuf mois, trois jours et un peu plus de douze heures, je me prépare pour toi. Pour tes mains, pour tes yeux, pour ta bouche.»

Puis, elle retourna devant le miroir. D’autres phrases naissaient déjà derrière le visage qu’elle y voyait.


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N'hésitez pas à consulter mon billet du jour, voire d'humeur...

J'essaie de mettre ici, parfois vers 5 ou 6 heures du matin, ce qui m'est venu à l'esprit pendant la nuit. Sauf si l'acharnement systématique des médias à me faire perdre mon moral et ma confiance en moi me rend muette...

Billet du jour

Les deux derniers livres d'Elisabeth Godon pour lutter contre l'échec scolaire : Que sont mes élèves devenus? et Enseigner, c'est possible!

Alopex Éditions, 2020



Aucun enfant ne souhaite devenir un "mauvais élève".

Tous préfèrent être aimés que rejetés.

Or, quand ils ne parviennent pas à suivre, disons normalement, en classe, ils vivent l'enfer, une triple peine : ils sont culpabilisés vis-à-vis de leurs proches comme de leur enseignant. Ils ont honte face à leurs camarades. Surtout, ils ne savent pas pourquoi ils ne sont pas comme les autres.


Psychologue clinicienne, Professeur des écoles, Psychologue scolaire, je dis NON à l'échec scolaire. Dans Que sont mes élèves devenus?, je m'adresse aux enseignants comme aux parents démunis.

Mon étude, illustrée par une cinquantaine d'exemples vécus dans différentes écoles, à Paris comme en Guyane ou en Guadeloupe, liste des méthodes que j'ai pu expérimenter, et propose des conseils pratiques, des conseils éprouvés.

Pour vous aider à comprendre comment aider votre enfant à occuper sa place d'élève.





C'est quoi, au juste, une place d'élève?

Un jour, un merveilleux jour, bébé sourit. Vous sourit. Votre bonheur est immense. La confiance entre vous deux est totale.

Quelques mois plus tard, bébé découvre qu’il peut se tenir debout, sans aide. Il exulte : après des mois d’efforts soutenus par le désir de ses parents, il a réussi.

Encore plus tard, beaucoup plus tard, votre enfant, miraculeusement, marche. Ce moment unique, patiemment guetté, est abondamment applaudi, fêté. Il est tombé mille fois. En toute confiance. Mille fois il a été félicité, embrassé pour sa tentative, remis d’aplomb. Bébé est maintenant libre de découvrir et de s’approprier son espace propre. Dans le même temps, il commence à parler.

Où qu’il soit, depuis sa naissance, il progresse, à son allure, dans tous les domaines. Sa vie est ponctuée de moments clé, certains plus importants. Il en est le centre. À la maison, l’endroit où tout le monde se rassemble le soir, il se sent à l’abri. Sa vie est magique, parce que chaque progrès est attendu, encouragé, complimenté.


Jusqu’à ce qu’un matin de septembre, l’année de ses trois ans, le jour de la rentrée des classes soit le sien. Il avait beaucoup entendu parler de cet endroit, l’école, où ses frères et soeurs passaient la journée.

On lui a dit qu’il était prêt, que c’était sa place à lui aussi. Il allait y apprendre le monde entier, avec une maîtresse forcément très gentille, et des dizaines de camarades de son âge. Il a tout à coup changé de statut : plus jamais il ne sera comme il était hier. À partir d’aujourd’hui, il est un écolier.

Les parents disent et pensent que c’est sa place exacte. La maîtresse sait que c’est sa place exacte. La loi dit que c’est sa place exacte. Donc, il est à sa place.

En petite et en moyenne sections de maternelle, le jeune enfant va apprendre à vivre en groupe. Mais sa vie ne commence pas le jour de sa première rentrée des classes : il peut avoir eu déjà, bien avant trois ans, des difficultés personnelles, familiales, psychologiques... qu'il ne pourra exprimer que par son corps, son comportement.

C'est pourquoi seul un échange confiant entre les parents et l'enseignant leur permettra de ne pas passer à côté de ce qui pourrait devenir un problème.


Regarder et voir l'enfant. Pour lui donner toutes ses chances d'occuper sa place d'élève apprenant.

Jean, un enfant comme les autres*


Les parents de Jean sont mécontents : la maîtresse leur a fait peur pour rien. Peu de temps après le début de l’année, en moyenne section, elle a noté un repli de l’enfant sur soi, une difficulté à aller vers les autres, et surtout à leur parler, bégayant parfois. Affolés, ils ont pris rendez-vous avec une orthophoniste dont le diagnostic, au final, fut tout à fait rassurant. Un mois plus tard, Jean est redevenu un élève comme les autres, présent en classe, à l’aise tant avec l’adulte qu’avec ses petits camarades.


Non, la maîtresse ne leur a pas fait peur pour rien. La maîtresse a remarqué chez un petit garçon nouvellement arrivé dans la ville, et donc dans l’école, une souffrance, un mal être, un repli, et un bégaiement. Or, il faut précisément se montrer très vigilant vis à vis d’un bégaiement précoce : tout le monde ne devient pas bègue et, par ailleurs, une fois rééduquée, cette difficulté peut ressurgir plus tard lors d’une situation difficile à vivre.

Eux-mêmes n’avaient rien remarqué avant, parce qu’avant, il n’y avait, de leur point de vue, rien à remarquer de spécial dans le développement de leur petit garçon, scolarisé en petite section, tout près de chez eux.

Ils ont juste déménagé. Il n’est plus rentré déjeuner le midi au calme avec ses grands-parents. Il est parti loin d’eux et de son compagnon, leur chien.

Le soir, avec ses parents, dont il retrouvait la tendresse habituelle sécurisante, il semblait normal, ne montrant aucune des manifestations signalées en classe, et qui lui ont permis d’exprimer son désarroi et sa peur. Si la maîtresse n’avait pas signalé son inquiétude à ses parents, ceux-ci n’auraient pas entrepris rapidement de démarches auprès du médecin puis de l’orthophoniste, repoussant à plus tard, trop tard sans doute, une prise en compte sérieuse de l’expression du mal être de leur petit garçon.

Qui avait besoin, pour faire cesser l’engrenage du bégaiement et du repli sur soi, qu’un lien soit créé entre cette nouvelle école et ses parents; avec lui, et son problème, au centre du débat. Son problème était sa tristesse, le traumatisme de la rupture, qui se traduisait par une régression affective exprimée là où elle serait vue : à l’école.

Un autre élève aurait exprimé son mal être différemment. Prendre en compte dès sa première apparition le symptôme mis en avant par Jean, le bégaiement, c’était sans doute lui éviter par la suite bien des désagréments en demandant l’avis d’un spécialiste.

L’idéal, dans tous les cas, pour l’enfant, réside justement dans la construction, autour de lui et avec lui, d’une relation confiante et positive visant à maintenir, ou restaurer, son « estime de soi ».

Les enfants tentent toujours de solliciter les aides où qu’elles soient. Et d’en profiter.


*Que sont mes élèves devenus, Alopex, p. 41

À quel moment les parents se rendent-ils compte que leur enfant n'est plus tout à fait à sa place dans sa classe et a un problème?

En réalité, certains parents, manquant de point de comparaison, tombent des nues lorsque l'enseignant leur fait part de son inquiétude.

En général, tant que l'enseignant ne s'inquiète pas, les parents ne s'inquiètent pas.

En maternelle, sauf grave problème social ou de santé, l’enfant avance à son allure, tranquillement, sereinement. En dehors d'une situation vraiment problématique, les enfants de maternelle, comme leurs parents, manifestent à l’égard de l’école une grande confiance. Dans un échange, parfois houleux, mais le plus souvent spontané, sincère, les problèmes finissent par se résoudre. À la fin de l’année scolaire, les enseignants de GS sont confiants dans leurs petits futurs lecteurs, émettant parfois quelques réserves quant à la maturité affective de l’un ou l’autre, mais sans réelle inquiétude. Les enfants, naturellement, commencent à installer leur estime de soi, et arrivent au CP, où se trouve donc, de manière évidente pour tous, leur place : les parents ont dit à leur enfant qu’il allait se préparer pendant trois ans pour entrer au CP où il apprendrait à lire. L’enseignante de CP est elle-même certaine qu’elle va apprendre à lire aux élèves de sa classe, parce que, justement, c’est ce à quoi elle a été formée. Les enseignants de maternelle pensent que cette initiation débouchera obligatoirement sur l’apprentissage de la lecture au CP. Tout est en place pour que les choses se déroulent "normalement".

Or, à l'école, les élèves étant différents les uns des autres, ils ne pourront pas tous apprendre à lire de la même manière en quelques mois. En arrivant au Cours préparatoire les enfants sont bien tous devenus des élèves, des « candidats à l’apprentissages ». Mais ils ne sont évidemment pas égaux à cet égard. Ce dont l'enseignant se rendra compte avant Noël. L'enseignant et l'enfant.

Pourquoi, et surtout comment, si la majorité des élèves sortant de grande section est déclarée apte à entrer avec bonheur, après les vacances d’été, dans les apprentissages au CP, n’y parviennent-ils pas toujours?


Souvent, quand l'enseignant fait part aux parents de son inquiétude, l'enfant est déjà souvent en difficulté depuis quelques temps, sauf s'il est parvenu à exprimer son mal être par son comportement. Sinon, il lui faudra attendre la persistance de ses mauvais résultats scolaires pour qu'on s'occupe de ses difficultés.

On n'est pas obligé d'attendre qu'un élève soit en échec scolaire pour se rendre compte qu'on pourrait l'aider.

Avant qu'un enseignant ne se décide à demander à des parents de venir le voir pour parler de leur enfant, du temps à passé. Un temps d'autant plus long pour l'enfant que lui sait, et lui seul au début, que quelque chose cloche. Il sent qu'il est différent de ses camarades, quelle que soit la cause de cette différence, et il essaie de la cacher. Il ne connait ni le nom de cette différence, ni comment changer. Juste, il sait que tout seul, il ne pourra pas changer. Or, les adultes qui l'ont en charge, et qui, normalement, savent ce qui est bon pour lui, pour qu'il soit en sécurité, ne semblent pas se rendre compte de son mal être. Selon son tempérament, son histoire, son rapport à l'adulte et/ou aux enfants, selon aussi ses compétences, il tente quand même, d'abord de changer, puis de faire semblant d'être comme les autres.

Si rien ne marche, et si personne ne l'aide, il va MONTRER. C'est ainsi qu'il demandera de l'aide. Jusqu'à ce que les adultes soient réellement interpellés. Quand ils commencent à s'occuper du problème, cela fait donc souvent très longtemps qu'il est insécurisé et en souffrance. Et qu'il ne parvient pas à suivre comme ses camarades. Qu'il prend du retard et qu'il est culpabilisé, honteux, et souvent en colère devant ce qu'il subit comme une injustice, et contre lequel il est impuissant.


L'école maternelle est le lieu, si les relations parents/enseignants sont normales et positives, où l'on peut prévenir ce début de parcours scolaire difficile. Où l'enfant, par un incessant, et nécessaire, aller-retour de l’école à la maison et de la maison à l’école, vérifie que ce qu’il apprend à l’école sert à la maison, et que ce qu’il vit à la maison l’aide à apprendre à l’école. Cet échange quotidien, confiant et naturel, sur un socle commun, capital, constitué par l’affectivité, l’intelligence émotionnelle et la curiosité, unifie ces deux espaces en un seul monde, dans et grâce auquel, découvrant ses valeurs propres, il construit son estime de soi.

Pour oser agir, oser parler, oser apprendre.